Josie Pellé : La voix française de Radio Habana Cuba

Marseillaise de naissance, Josie est la doyenne de la communauté française à Cuba. Débarquée à 23 ans à La Havane, Josie a une histoire de vie 100% « Año 58 de la revolución cubana ».

Fille de Jean Pellé, un résistant de la Seconde Guerre mondiale capturé par la Gestapo et survivant des camps allemands, Josie Pellé porte en elle depuis son adolescence ce besoin de lutter pour ses idéaux et sa liberté. Alors qu’elle est étudiante en langues à l’Université d’Aix-Marseille, Josie rêve de devenir interprète et part toute jeune dans une Public School en Angleterre pour parfaire son anglais. Après un an et demi d’études, elle s’envole pour Salamanque afin d’apprendre l’espagnol.

JPEG
« Je suis cubaine, mais marseillaise de cœur »

En Espagne, Josie se lie d’amitié avec un cercle de jeunes exilés latino-américains qui ont fui les régimes dictatoriaux de leur pays, notamment des vénézuéliens et des cubains. Là, elle entend parler pour la première fois de José Martí, fondateur du parti révolutionnaire cubain et de Simon Bolivar, héros des indépendances latino-américaines. C’est là aussi que Josie tombe amoureuse d’un étudiant en médecine cubain, qui deviendra son premier mari.

1er janvier 1959 : la guérilla castriste l’emporte et le dictateur Fulgencio Batista s’enfuit de Cuba. Josie et son jeune fiancé atterrissent à Cuba, deux mois après le triomphe de la révolution, dans un avion affrété par le Mouvement du 26 juillet et le Directoire révolutionnaire afin que les exilés cubains puissent rentrer au pays. « Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’émotion de tous ces exilés qui rentraient au pays. Les gens s’embrassaient, pleuraient, c’était incroyable, c’était une fête ».

Après un mariage à La Havane, le jeune couple part s’installer à Las Tunas, dans l’est de l’ile, où le jeune marié doit effectuer son service social (six mois) dans l’un des premiers hôpitaux ruraux de cette région très isolée située entre Guantánamo et Baracoa. A cette époque, les voies de communication sont inexistantes et il faut traverser des rivières à gué et emprunter des pistes de terre pour aller d’un village à l’autre. Dans les montagnes alentours, des bandes de contre-révolutionnaires continuent leurs activités.

En 1963, lors du passage du cyclone Flora qui laisse des centaines de morts et de sans-abris, Josie s’engage dans des activités de soutien aux victimes auprès de la Fédération des Femmes cubaines : distribution de matériel, vêtements, etc. Son père, alors Président du comité marseillais de l’Association France-Cuba et Directeur de l’hôpital La Timone, organise des envois de matériels et médicaments depuis la France. Josie est à cette époque frappée par la gentillesse et la solidarité du peuple cubain, comme elle le sera à nouveau quelques décennies plus tard, pendant la période spéciale.

En 1965, après la naissance de son troisième enfant, Josie décide de divorcer et d’aller s’installer à La Havane plutôt que de rentrer en France. Elle est embauchée dès juillet 1965 par Radio Habana Cuba en tant que journaliste, speakerine et traductrice sous le pseudonyme d’Aline Philippe, en souvenir d’une amie bretonne. « J’ai été beaucoup aidée, on m’a attribué un logement à Miramar, on m’a aidé à scolariser mes deux ainés et j’ai pu mettre mon bébé au jardin d’enfants du Ministère du commerce extérieur ».

Josie reste près de 40 ans à Radio Habana Cuba,. « Nous étions une super équipe : tous jeunes, dynamiques, avec des enfants en bas âge. Nous avions des programmes dans 9 langues : espagnol, français, anglais, portugais, créole, arabe, esperanto, quechua et guarani. Le week-end, nous participions ensemble au travail volontaire : la Zafra des 10 millions de tonnes, la plantation de café à Siboney... C’était une période merveilleuse. »

Parmi les moments les plus forts à Radio Habana Cuba, Josie se souvient de la tristesse ressentie par le peuple cubain à l’annonce de la mort du Che en 1967, mais aussi du message de paix envoyé depuis La Havane par Hô Chi Minh au peuple étasunien en 1968, de la venue de Nelson Mandela à Cuba pour sa première visite officielle d’homme libre, ou encore de l’accueil des exilés chiliens à la suite du putsch de Pinochet contre Allende.

Interprète officielle lors de la Conférence Tricontinentale de 1966 et des Sommets des pays non alignés, Josie a suivi le gouvernement cubain en Guyana, à Chypre, en Angola, ou encore au Zimbabwe. Elle a également eu l’occasion de côtoyer de grands artistes de passage dans le pays : « j’ai interviewé Pierre Arditi, Pierre Richard et même Jack Nicholson, dont je me souviens encore du rire dans le hall de l’hôtel Capri ».

« J’ai eu de nombreux diplômes tout au long de ma carrière, mais ma plus belle récompense ce sont mes quatre fils. A Cuba, j’ai pu les élever comme je le souhaitais, ils ont pu étudier et se réaliser. Aujourd’hui j’ai quatre petits-enfants, dont une petite fille qui porte le nom de résistance de mon papa : Anouka ».

Dernière modification : 05/04/2017

Haut de page